Les intoxications des origines à nos jours

De dood van Socrates (door David)
Paracelsus
De dood van Socrates (door David)
Paracelsus

De tout temps les hommes se sont intéressés aux poisons. La peur des animaux venimeux, la fascination exercée par le pouvoir des plantes et des aromates ont toujours fait partie de la vie. Par le passé, les épidémies, les maladies infectieuses, les décès inexpliqués étaient souvent attribués à un empoisonnement parce qu’on ignorait tout du rôle des bactéries et des virus dans la transmission des maladies. 

Les anciens Grecs et les Romains recouraient souvent aux poisons et aux plantes toxiques. On a retrouvé des textes grecs traitant de substances toxiques et de leur utilisation en médecine. Théophraste (370-286 a.c.) a notamment décrit comment obtenir un poison à partir de la grande ciguë (Conium maculatum). A cette époque il y avait une véritable épidémie d’intoxications. C’était un moyen efficace de se débarrasser d’adversaires politiques ou de conjoints gênants, d’autant plus que la cause de la mort restait impossible à prouver.

Borgia

A la Renaissance, la mort par intoxication, à l’arsenic notamment, faisait souvent partie de l’actualité. Il s’agissait également de meurtres politiques ou conjugaux. On recourait notamment à des préparations cosmétiques à base d’arsenic. Les familles Borgia et Médicis ont compté parmi leurs membres des empoisonneurs tristement célèbres. C‘était souvent les femmes qui régnaient sur la vie et la mort en servant du vin mêlé d’arsenic aux puissants cardinaux et évêques.  

La toxicologie en tant que science

Les bases de la toxicologie en tant que science ont été jetées à la Renaissance par un médecin suisse, Philippus von Hohenheim (1493-1541) mieux connu sous le nom de Paracelse (photo). Son aphorisme “dosis sola facit venenum” (seule la dose détermine ce qui est un poison)  est resté un principe essentiel en toxicologie. 

A la fin du dix-neuvième siècle et au début du vingtième ce sont surtout des scientifiques allemands qui ont fait œuvre de pionniers dans le domaine de la toxicologie. Oswald Schmiedeberg (1838-1921) et Louis Lewin (1850-1929) sont deux grands noms de cette époque. Leurs travaux ont notamment porté sur la fonction de détoxification du foie et les effets indésirables des médicaments. 


Aujourd’hui la toxicologie est devenue une science moderne et complexe qui ne se limite plus à l’étude des effets indésirables des substances toxiques. Mais la frontière entre médicinal, psychotrope, nocif et  mortel reste souvent bien vague. Dosis sola facit venenum.

Saviez-vous que...

  • ...une des exécutions capitales les plus célèbres de l’ Antiquité est celle du philosophe Socrate (470-399 a.c) (photo), condamné à boire une coupe d’un breuvage à base de ciguë?
  • ...l’habitude de trinquer remonte au Moyen Age pour éviter les empoisonnements? A la fin des pourparlers de paix ou pour conclure une alliance, les chevaliers entrechoquaient vigoureusement leurs coupes. De cette façon, un peu de boisson passait d’une coupe à l’autre, histoire de s’assurer que la boisson n’avait pas été empoisonnée par la partie adverse.
  • ...les belles Italiennes de la Renaissance se mettaient dans les yeux des gouttes à base de belladone (Atropa belladonna) pour dilater leurs pupilles et rendre leur regard plus attirant?
  • ...le médecin français  d’origine espagnole Mathieu Orfila (1787-1853) est considéré comme le fondateur de la toxicologie moderne? Il est l’un des premiers à avoir utilisé des animaux  pour mettre en évidence les différents effets d’une substance.
  • ...dans l’histoire plus récente c’est du polonium-210, un élément puissamment radioactif qui a été utilisé pour empoisonner Alexandre Litvinenko, ancien agent du KGB et opposant au régime du président Poutine?