Piles boutons (scientifique)

Cet article est destiné aux professionnels: les termes techniques utilisés peuvent ne pas être compris par tous.

En général, l’ingestion d’une pile bouton n’entraîne pas de problème grave. Toutefois, on a pu observer ces 10 dernières années une augmentation des complications sévères suite à l’usage croissant de piles au lithium d’un diamètre supérieur ou égal à 20 mm dans divers appareils et jouets. Une pile bouton qui resterait bloquée dans l’œsophage peut, en 2 heures, être à l’origine de symptômes sévères pouvant aller jusqu’à la perforation. Dès lors, il est important d’obtenir rapidement après l’ingestion une radiographie du thorax/de l’abdomen pour localiser la pile. La vigilance est également de mise en cas d’insertion dans l’oreille ou le nez, où une pile bouton peut être à l’origine de nécrose tissulaire. 

Sources et groupes à risque

Les enfants de moins de 6 ans, le plus souvent entre 1 et 3 ans, trouvent les piles dans les jouets ou les télécommandes. Celles-ci constituent la source principale de piles au lithium d’un diamètre supérieur ou égal à 20 mm. Les piles qui traînent -emballées ou non- sont également souvent en cause. Chez l’adulte, l’accident classique est l’ingestion d’une pile confondue avec des comprimés préparés à l’avance. Il s’agit souvent de la pile d’un appareil auditif. L’ingestion d’un appareil auditif entier est également occasionnellement rapportée.

Ingestion

Le plus souvent, ces incidents évoluent favorablement sans traitement. Des symptômes sont observés dans moins de 10 % des cas et sont sévères chez moins de 1 % des victimes. La littérature récente rapporte un accroissement, ces 10 dernières années, des cas de lésions graves résultant d’une augmentation du nombre d’ingestions de piles au lithium d’un diamètre supérieur ou égal à 20 mm. Celles-ci restent plus facilement bloquées au niveau de l’œsophage, préférentiellement à hauteur du muscle crico-pharyngien, de l’arc aortique ou du cardia. Plus rarement, l’enclavement se fait au niveau de l’estomac ou de l’intestin.

Complications

Les piles enclavées peuvent en 2 heures provoquer de graves lésions tissulaires (13). Les complications possibles sont: perforation de la paroi de l’œsophage, fistule trachéo-oesophagienne, sténose de l’œsophage, paralysie des cordes vocales résultant d’une atteinte du nerf laryngé, sténose trachéale, pneumonie d’aspiration, abcès pulmonaire,... conduisant parfois au décès. Deux cas de perforation du diverticule de Meckel sont décrits dans la littérature.

Mecanisme

Trois mécanismes possibles peuvent être à l’origine des lésions tissulaires:

  1. Fuite d’électrolytes alcalins.
  2. Nécrose par compression mécanique.
  3. Induction d’un courant électrique entre la muqueuse (œsophage ou intestin) et la pile, conduisant à une électrolyse des liquides tissulaires avec production d’hydroxyde au pôle négatif de la pile. On considère actuellement qu’il s’agit du mécanisme de toxicité le plus important.

Les piles au lithium ne contiennent pas d’électrolytes alcalins mais un électrolyte organique qui est seulement légèrement irritant. Une fuite de liquide n’occasionnera dès lors pas de complication particulièrement grave. Par contre, le voltage des piles de 20 mm étant double de celui des autres piles, il génère un courant plus important et une production accrue d’hydroxyde. Le diamètre des ces piles pose également problème car elles restent plus facilement bloquées; la concentration locale d’hydroxyde est dès lors plus importante que pour une pile qui reste libre dans le tractus gastro-intestinal.

Symptômes

Si les symptômes restent limités à un melaena ou à un test positif de recherche de sang dans les selles et en l’absence d’autres symptômes digestifs, l’évolution est le plus souvent favorable sans traitement. Les signes qui peuvent indiquer un enclavement ou une fuite d’électrolytes sont entre autres: irritabilité, refus de manger, dysphagie, vomissements et douleurs abdominales, salivation, douleur thoracique.

A ce jour, une intoxication aux métaux lourds n’a jamais été rapportée, même si des quantités (non-significatives) de lithium peuvent être absorbées (10). Il en va de même pour le mercure. Aucun traitement n’a jamais été nécessaire.

Traitement

Il est inutile de faire vomir, d’administrer des laxatifs ou du charbon de bois. De même, des contrôles sanguins ou urinaires de mercure ou d’autres composants de la pile ne sont pas nécessaires!
Ne rien donner per os avant d’avoir localisé la pile. Une radiographie du thorax et de l’abdomen, permettant de visualiser les régions cervicale et épigastrique, doit être pratiquée dès que possible après l’ingestion. (Attention: la littérature mentionne des cas où les piles boutons ont été confondues avec des électrodes à ECG (4)!).
L’extraction par endoscopie est indiquée: 

  1. Lorsque la pile se situe dans l’œsophage, NE PAS attendre l’apparition de symptômes!
  2. En présence de symptômes, il faut enlever la pile, même si elle a déjà quitté l’œsophage.
  3. Pour une pile d’un diamètre ≥ 23 mm, il faudra toujours procéder à son extraction par endoscopie, même si elle se trouve dans l’estomac, car la chance est faible qu’elle puisse spontanément passer le pylore.

On peut attendre si:

  1. Pile ≤ 15 mm: si la pile a déjà dépassé l’œsophage, on surveillera son évacuation dans les selles. Si après 4 jours la pile n’est toujours pas éliminée, ou plus tôt en cas de symptômes, on effectuera une nouvelle radiographie de l’abdomen. Si la pile se trouve toujours dans l’estomac, il faudra l’extraire par voie endoscopique. Par suite de l’acidité gastrique, les risques d’ouverture de la pile augmentent avec la durée de séjour dans l’estomac. Ce risque est moindre une fois que la pile est dans l’intestin (pH ± neutre). En cas de saignement (occulte ou non), de douleurs abdominales, de vomissements, d’anorexie ou de fièvre, une pile qui se trouverait hors de portée de l’endoscope devra être extraite par voie chirurgicale.
  2. Une pile d’un diamètre > 15 et ≤ 23 mm passera plus difficilement le pylore. Dans ce cas, il faudra planifier une deuxième radiographie après 48 heures. La suite de la prise en charge se fait selon le point 1.

Suivi après l’extraction de la pile: s’il apparaît lors de l’extraction de la pile que la muqueuse est atteinte, il faudra surveiller l’apparition de possibles complications à long terme: perforation, fistulisation, médiastinite, sténose trachéale, trachéomalacie, pneumonie d’aspiration, empyème, pneumothorax, saignement résultant de la perforation d’un gros vaisseau,...

Insertion nasale, auriculaire ou vaginale

Au cas où l’on soupçonne l’ingestion d’une pile bouton que l’on ne retrouverait pas à la radiographie, il faudra toujours également examiner le nez et les oreilles. On peut observer des lésions de la muqueuse et du cartilage déjà quelques heures après l’enclavement d’une pile bouton dans le nez. Les mêmes mécanismes sont en jeu que lors d’une ingestion. A ceux-ci s’ajoutent les troubles trophiques liés à la compression tissulaire. Le symptôme principal est un écoulement nasal.

Les complications possibles sont une perforation du septum nasal, des infections (sinusite, cellulite périorbitaire), une sténose de la cavité nasale avec altération de la respiration nasale et des dégâts esthétiques importants suite à la destruction des structures osseuses et cartilagineuses du nez.

Les mêmes mécanismes peuvent endommager le tympan et les structures de l’oreille moyenne. Outre les infections, des troubles de l’acuité auditive dus à la destruction du tympan et des osselets peuvent également survenir. Une paralysie du nerf facial a été décrite. Une pile bouton qui resterait coincée dans le vagin peut potentiellement induire les mêmes complications graves.

Prévention

  1. Acheter si possible des piles emballées sous blister: ceux-ci sont plus difficiles à ouvrir pour les enfants.

  2. Lors de l’achat de jouets et autres appareils ménagers, s’assurer que le compartiment à piles ne s’ouvre qu’à l’aide d’une pièce de monnaie ou d’un tournevis.

  3. Ne pas changer pas les piles en présence d’enfants.

  4. Ramener régulièrement les piles usagées à un point de collecte.

  5. Empêcher les enfants de jouer avec des piles.

  6. Ne jamais mettre une pile en bouche pour la tester ou garder les mains libres.

  7. Ne pas ranger de piles au même endroit que les médicaments. Rester vigilant pour ne pas confondre une pile bouton avec un comprimé.

Références

  1. B. Gossweiler, B. Truttman, M. Guirguis, P.J. Meier, D. Radovanovic, Ch. Rauber-Lüthy, Ingestion of Button Batteries - Management - Abstract - XIX International Congress, EAPCCT, Dublin, Eire, June 22-25, 1999.
  2. T.L. Litovitz, B.F. Schmitz, Ingestion of Cylindrical and Button Batteries: An Analysis of 2382 Cases - Pediatrics Vol. 89 No 4 April 1992, pp 747-757.
  3. T.J. David, A.P. Ferguson, Management of children who have swallowed button batteries - Arch Disease Childhood, 1986, 61, 321-322.
  4. J. Bekhof, O.F. Norbruis, R. Scheenstra en W. de Weerd, Actief beleid bij een kind dat een knoopbatterij heeft ingeslikt - Ned. Tijdschr Geneeskd 2005 25 juni; 149(26).
  5. J.M.Capo, F.E. Lucente, Alkaline Battery Foreign Bodies of the Ear and Nose - Arch Otolaryngol Head Neck Surg - Vol 112, May 1986.
  6. K.T. Kavanagh, T. Litovitz, Miniature Battery Foreign Bodies in Auditory and Nasal Cavities - JAMA, March 21, 1986 - Vol 255, n°11.
  7. P. Fernando, Perforation of nasal septum due to button battery lodging in nose - Br Med J Vol 294, 21 March 1987.
  8. T.L. Litovitz, B. Schmitz, R.A. Soloway, Ghost Blasting With Button Battery - Pediatrics Vol 85 N° 3, March 1990.
  9. Kirk M.A., Baer A.B., Holstege C.P., Martin M.L., Nasal Button Battery impaction as cause of periorbital cellulites and corrosive tissue injury - J of Toxicol Clin Toxicol 2003 AUG ;41(5):679.
  10. P.T. Mallon, J.S. White, R.L.E. Thompson, Systemic absorption of lithium following ingestion of a lithium button battery - Hum&Experim Toxicol (2004)Apr, 23(4) :193-195.
  11. Goldfrank’s Toxicologic Emergencies, McGraw-Hill Medical Publishing Division - 7th Edition - pp 338-339 and pp 1331-1332.
  12. Goldfrank’s Toxicologic Emergencies - McGraw-Hill Medical Publishing Division - 8th Edition - p 1407.
  13. Litovitz, Whitaker and Clark, Preventing battery Ingestions :An Analysis of 8648 Cases - Pediatrics 2010 ;125;1178-1183 ; originally published online May 24, 2010 ; DOI : 10.1542/peds.2009-3038.
  14. Rauber-Lüthy, Staubli, Vergiftungen beim Kind, mit besonderer Berücksichtigung der Haushaltprodukte - Thrapeutische Umschau 2009 ; DOI 10.1024/0040-5930.66.5.373.
  15. POISINDEX - MICROMEDEX, Healthcare Series vol. 145.
  16. Marom, Goldfarb, Russo, Roth - Battery ingestion in children - International Jornal of Pediatric Otorhinolaryngology 74 (2010) 849-854.